"Les Cellony"

Maîtres peintres de la ville d'Aix-en Provence

Les familles des Valisset et des Cellony sont alliées par les mariages de trois des enfants de François Valisset, maître peintre :

Pierre, Charles et Marguerite, avec trois des enfants de Jacques Cellony, maître tailleur d’Aix : Anne, Madeleine et Antoine.

Le 28 mai 1629, lors d'une cérémonie commune, les trois frères et sœurs Valisset épousent les trois frères et sœurs Cellony, en l’église Saint-Sauveur d’Aix. L’acte de mariage ne mentionne pas les filiations des époux, elles sont rapportées dans les contrats de mariage respectifs signés par les couples indépendamment des unions religieuses.

Mariage entre Antoine Cellony &  Marguerite Valisset, le 28 mai 1629, Aix, Saint-Sauveur.

Le couple Antoine Cellony et Marguerite Valisset donne naissance à Pierre qui épousera Delphine Taxi le 22 avril 1657 en l’église de la Madeleine.

Mariage entre Pierre Cellony & Delphine Taxi, le 22 avril 1657, Aix, Sainte-Madeleine.

De l'union de Pierre Cellony - fils d'Antoine & de  Marguerite Valisset  - et de Delphine Taxi naît Joseph.

C'est lui qui, s’inscrivant dans le sillage de son bisaïeul François Valisset, embrasse la carrière de Maître peintre, il est l’auteur d’une dynastie de trois générations de célèbres peintres aixois : Joseph I. - le père - ; Joseph André  - le fils - ; Joseph II. - le petit-fils - les auteurs l'appelleront Cellony le Jeune afin de le distinguer de son illustre grand-père Joseph I. qui lui sera nommé Cellony l’Ancien ...

Génération 1 :

Joseph I. dit  Cellony l'Ancien : maître peintre

[ 1662 / 1731 ]

Baptême de Joseph I. Cellony, le 6 mai 1662, Aix, Sainte-Madeleine.

"Joseph Seloni fils de Pierre et de Dauphine Taxi a

este baptise le 6 mai 1662 le perin Monsieur Anthoine

Vaisse, la merine Catherine Augarde"

Joseph I. décède à Aix le 18 janvier 1731à l'âge de 68 ans, il est enseveli le jour même dans la paroisse Saint-Esprit.

A la fin du  XVIIe siècle, compte tenu de l'accroissement de la population de la ville, il fut décidé la création d'une nouvelle paroisse ; c'est l'église de l'hôpital Saint-Esprit, destiné à recueillir les enfants trouvés, qui fut choisie pour l'accueillir. Le Cardinal Grimaldi la plaça sous la protection de Saint-Jérôme, toutefois c'est sous le nom Saint-Esprit qu'elle fut, et, est encore actuellement connue. Face à elle se tenait le couvent des Augustins dont seul subsiste le clocher, le reste de l'édifice ayant été détruit durant la Révolution.

Décès de Joseph I. Cellony, le 18 janvier 1731, Aix, Saint-Esprit.

                                          "Mort

Monsieur Joseph Celony peintre de cette ville agé d'environ soixante et huit

ans est mort le dix huit janvier de l'année mille sept cent trente un et a été

enseveli le meme jour dans cette parroisse en présence de Messire François ..."

En 1692, à l'âge de 30 ans, Cellony avait épousé Chrestienne Boyer la fille d'un Maître gantier, un contrat de mariage fut établi à Aix la veille des noces.

Mariage entre Joseph I. Cellony et Chrestienne Boyer, le 28 décembre 1692, Aix, Sainte-Madeleine.

"M[onsieu]r Joseph Cellony fils de feu Pierre et de D[emoisel]le Delphine

Taxy de cette ville d'Aix [...] ce jourdhuy vingt huitiesme decembre mil six cent quatre vingt douze, en presence de moy cure sou[s]signe en la parroisse S[ain]te Magdalene de cette ville d'Aix et des tesmoins cy apres nommes, j'ay espouse [...] d[emoisel]le Chrestienne Boyer, fille de Monsieur Honnore et de Demoiselle Gabrielle Reynaud de cette ville [...]"

Contrat de mariage établi entre Joseph Cellony  & Chrestienne Boyer en date du 27 décembre 1692.

"Mariage entre le sieur

Joseph Cellony peintre d’Aix

et damoiselle Chrestienne Boyer dudit Aix.

 L’an 1692 et le 27ème jour du mois de décembre après midi du règne du très chrétien prince Louis

14ème par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre [...] mariage soit été tracté

entre le sieur Joseph Cellony peintre fils légitime & naturel du feu sieur Pierre Cellony & de damoiselle

Delphine Taxy encore survivante de cette ville d’Aix d’une part et honnête fille

damoiselle Chrestienne Boyer fille légitime et naturelle du sieur Honnoré Boyer marchand gantier

& de damoiselle Gabrielle Reynaud

de la dite ville d’Aix [...] " 

Après un apprentissage à Aix, Cellony débute son activité vers 1688. Très actif jusqu'à sa mort en 1731, il  possède une solide réputation. Hélas, peu de ses œuvres ont résisté à l'offense du temps, Jean Boyer, dans sa thèse sur la peinture aixoise, liste deux dessins et un portrait qui seraient arrivés jusqu'à nous ; ils font actuellement partie de collections privées, il s'agit de : "Moïse tue un Egyptien qui maltraitait un Israélite" (dessin) , "L'Aurore et la justice" (dessin) & un " Portrait d'homme".

Très apprécié par les notables et les aristocrates aixois, Cellony réalise avec talent bon nombre de portraits de ces personnages qui nourrissent l'Histoire de la Provence. Il fait de cette discipline sa spécialité et devient le portraitiste le plus en vue à Aix dès la fin du XVIIe siècle. En 1692, il était "le peintre en portrait le plus distingué, la ressemblance qu'il saisissait à ne pas s'y méprendre, la correction dans ses dessins et la touche hardie de son pinceau, dans le genre du Fauchier, lui donnèrent de la célébrité". Il exécuta, parfois en collaboration avec son fils unique, plusieurs portraits à la gloire des comtes, comtesses de Provence et Rois de France ainsi que plusieurs scènes de l'Histoire provençale, exposées dans la salle commune de l'hôtel de ville, tous ces chefs d’œuvres ont succombé à l'agitation révolutionnaire. Pour les autres, ceux qui ornaient les maisons distinguées de la ville, ils ont, pour la plupart, également disparus.

C'est la consultation des estampes réalisées par les graveurs aixois contemporains des toiles qui nous offrira un bel aperçu du travail de Cellony. Ces gravures perpétuent le souvenir des œuvres picturales passées ou mises à l'abri des regards, elles nous donnent à voir traits, manières et habits de ces notables figurés pour la postérité dans leur plus bel apparat et immortalisés dans une posture de gentilhomme qui devait, sans nul doute, imposer le respect.

Le travail du graveur est de reproduire, au plus juste, celui du peintre ; une fois la gravure accomplie, il en réalise des impressions à souhaits. Cette technique permet de constituer à l'infini des catalogues d’œuvres qui traversent ainsi les siècles. En cela, le travail des maîtres graveurs est un vecteur essentiel de la diffusion de l'information à un vaste public transgénérationnel et une source précieuse de renseignements au service des chercheurs et des amateurs d'Histoire.

Ce sont principalement les deux graveurs aixois , Jacques Cundier et Jacques Coelemans, qui ont travaillé sur les portraits dressés par Cellony. Nombreuses sont leurs estampes qui ont traversé le temps ; elles portent la mention Celloni pinxit, sans préciser, cependant, s'il s'agit de Joseph Cellony, le père, ou, de Joseph André Cellony, le fils. Le recours à la lecture de la thèse de Jean Boyer s'avèrera alors très utile. Boyer opère un classement chronologique des dignitaires figurés permettant ainsi, dans la majorité des cas, de distinguer la production du père, Joseph, de celle du fils, Joseph André. Cette astucieuse approche résout en partie l'épineux problème de l'attribution des œuvres.

Quelques oeuvres de Joseph I. Cellony connues par la gravure.

Selon  Jean Boyer.

Le maître graveur Jacques Cundier

[1645 - après 1728]

Six estampes ont été recensées, exécutées par Cundier d'après des portraits de dignitaires attribués avec certitude à Joseph I. Cellony. Elles portent la mention : J. Cellony Pinxit  -  J. Cundier sculpsit. Seules quatre d'entre elles sont datées. La date de réalisation des peintures faisant défaut, les œuvres seront présentées dans l'ordre chronologique d'exécution par le graveur soit entre 1718 et 1728. 

1718 : Alexandre de Thomassin, seigneur de Peynier [1637 / 1718], conseiller au Parlement de Provence en 1659 ( Fig. 1).

1719 : André de Tressemanes, chevalier de Malte [1653 / 1718], mort à Grenoble le 10 mai 1718 (selon Artefeuil).

1725 : Léon Alphonse de Valbelle, chevalier de Malte [1655 / 1692] : "mort le 4 juin 1692 d'une blessure reçue dans un combat contre un vaisseau anglais  " ( Fig. 2 ).

1728 : Cosme Maximilien Marcelin Louis Joseph de Valbelle [1685 / 1735], marquis de Tourves, comte de Sainte-Tulle, Président au Parlement en 1718.

   ( - ) :  Jean Louis François de Thomassin de Peynier [1655 / 1722], conseiller au Parlement de Provence en 1690 (Fig. 3).

Fils d'Alexandre ci-dessus cité et représenté en Fig.1.  

   ( - )  Joseph Alphonse de Valbelle [1686 / 1754], évêque de Saint-Omer où il trouve la mort le 12 juin 1754. Frère de Cosme Maximilien, marquis de Tourves, précédemment cité, & neveu de Léon Alphonse de Valbelle, chevalier de Malte, ci-dessus cité et représenté en Fig. 2.

Fig. 1.
Alexandre de Thomassin
conseiller au Parlement de Provence.
J. Cellony pinxit / J. Cundier sculpsit
BNF
Fig. 2.
Léon Alphonse de Valbelle
chevalier de Malte
J. Cellony pinxit / J. Cundier sculpsit
Collection château de Versailles
Fig. 3.
Jean Louis François de Thomassin
conseiller au Parlement de Provence.
J. Cellony pinxit / J. Cundier sculpsit
Gazette des Beaux Arts
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Le maître graveur Jacques Coelemans

[Anvers, 23 août 1654 - Aix-en-Provence, 1735]

Coelemans a exécuté, à tout le moins, une vingtaine d'estampes selon les portraits dressés par Cellony avant 1720.

Portant toutes la mention J. Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit, elles seront présentées, comme précédemment, dans l'ordre chronologique de leur réalisation par le graveur, la date de réalisation des toiles étant, pour la plupart, indéterminée.

1702 : François de Boyer de Foresta [1673 /1748],  marquis de Bandol, Président au Parlement de Provence en 1699.

  "Messire François Boyer de Foresta, Chevalier seigneur de Bandol. Conseiller du Roy en tous ses conseils. Second Président du Parlement de Provence". (Fig. 4).

1704 : Antoine de Margalhet [1653 / 1711], écuyer, seigneur de Saint-Auquille et de Luynes, conseiller à la Cour des comptes en 1680.

1704 : Jean-Baptiste de Maliverny [1666 / 1736]. Président au Parlement en 1702.

1705 : Honoré Henri de Piolenc [1675 /1760], seigneur de Beauvoisin, avocat général au Parlement de Provence puis Président en la même Cour en 1702. (Fig. 5).

1706 : Pierre de Coriolis de Villeneuve [1677/1755], marquis d’Espinouse, baron de Corbière, Président à Mortier au Parlement de Provence en 1712. (Fig. 6).

Fig. 4
François de Boyer de Foresta
Jos. Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit. Frédéric d’Agay,
« L’huile d’olive d’Ollioules à Versailles », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles.
[En ligne]
Fig. 5
Honoré Henri de Piolenc
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
Galerie Zezula
Fig. 6
Pierre de Coriolis de Villeneuve
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
Collection château de Versailles
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1709 : Philippe de Meyronnet [22 mars 1634 / 13 août 1723], conseiller à la Cour des comptes 1656, doyen des percepteurs d’Aix-en-Provence. Portrait réalisé par J. Cellony l'Ancien en 1688. (Fig. 7)

1709 : Jean Etienne de Thomassin [1661 / 1739], marquis de Saint-Paul, vicomte de Reillane, baron de Rognac, Président à Mortier du Parlement de Provence en 1709.

1709 : Henry Raynaud d’Albertas [1674 / 1726], marquis de Bouc, premier Président en la Cour des comptes en 1675. (Fig.8)

1711 : Henri de Reboul de Lambert [1648 / 1733], conseiller à la Cour des comptes en 1675.

1711 : Antoine d’Albert du Chaine [1650 / 1726], Président du Parlement en 1694.

1711 : Henri François Xavier de Belsunce de Castelmoron [1671 / 1755], évêque de Marseille de 1705 à 1759. Il s’est illustré par son courage et son dévouement auprès des malades lors de l’épidémie de peste qui sévit à Marseille en 1720. Il était l'oncle bien-aimé de Gabrielle de Belsunce la seconde épouse du marquis Charles-Michel-Anne d’Arcussia du Revest ( voy. chapitre  Charles- Michel -Anne d’Arcussia du Revest). (Fig. 9).

Fig. 7
Philippe de Meyronnet
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
Collection château de Versailles
Fig. 8
Henri Raynaud d’Albertas
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
BNF
Fig. 9
Henri François Xavier de Belsunce de Castelmoron
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
Calcografica
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1712 : Jean d’Arlatan Montaud [1659 / 1730], conseiller au Parlement de Provence en 1689. (Fig. 10).

1714 : Pierre Joseph de Laurens [1668 / 1755], marquis de Saint-Martin et de Brue, Président au Mortier au Parlement de Provence en 1709.

1715 : Henry Hyacinthe d’Albert [1683 / 1743]. Président à la Cour des Comptes en 1713, écuyer d'Aix, Président en la Cour des comptes, aides et finances de Provence en 1713.

1716 : Henri de Puget, évêque de Digne en 1708. (Fig. 11).

1719 : Charles Gaspard Guillaume de Vintimille du Luc [1655 / 1746], troisième duc de Saint-Cloud, archevêque d’Aix-en-Provence de 1708 à 1729.

1723 : Gaspard Lombard du Castellet [1667/1705], conseiller à la Cour des comptes en 1705.

1725 : Joseph Ignace Saurin, juriste aixois. Portrait peint par Cellony en 1689.

1728 : Pierre  Jean de Boyer d’Eguilles [1683 / 1757], chevalier seigneur d’Eguilles, conseiller au Parlement de Provence en 1709, marquis d’Argens, procureur général au Parlement 1717. (Fig. 12).

Fig. 10
Jean d’Arlatan Montaud
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
Calcografica
Fig. 11
Henri de Puget
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit 
Calcografica
Fig. 12
Pierre Jean de Boyer d’Eguilles
J.Cellony pinxit / J. Coelemans sculpsit
Casanatense
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  ( - ) : Louis Henricy, curé de la Madeleine à Aix-en-Provence de 1670 à 1700, docteur en Droit.

  ( - ) : Joseph François de Galice [1677 / 1743], seigneur de Bedejun, conseiller au Parlement de Provence en 1701.

Publié en février 2017

 Christine  Martinez-Augias  *

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