"L'Homme de l'Art"

Charles d'Arcussia de Capre,

seigneur d'Esparron.

[vers 1554 - 1628]

Charles d’Arcussia, célèbre pour ses écrits sur la Fauconnerie, chasseur invétéré, poète et philosophe, vicomte d'Esparron de Pallières, seigneur de Courmes et du Revest, Premier Consul d'Aix… Il serait né vers 1554 au château d'Esparron. Jeune homme, il quitte la Provence pour étudier en Italie. Lorsque Henry IV monte sur le trône en 1596, il est nommé premier consul d'Aix, procureur et député aux États de Provence. Charles est un homme de passions, il a le goût de la chasse, et consacre une bonne partie de son temps à l'étude de la nature et des animaux sauvages. Il devient gentilhomme de la fauconnerie d'Henri IV et de Louis XIII et publie en 1598 " La Fauconnerie de Charles d'Arcussia ", livre divisé en trois parties, dans lequel il traite de la chasse au vol et de la fauconnerie. Un travail de longue haleine, qui se compose de dix livres lors de sa parution en 1627. Il s'agit d'un ouvrage de référence qui sera traduit dans de nombreuses langues. Charles d'Arcussia est, encore aujourd'hui, reconnu pour sa grande expérience de la chasse au vol et pour son immense travail de naturaliste et d'historien.

Composition à partir d'images empruntées à la BNF.

Les Armes de la Maison d'ARCUSSIA étaient : 

D'Or, à la fasce d'Azur, accompagnée de trois arcs

de flèches de Gueules, posés en pal."

"Je pren pour mes Dieux Tutelaires,

Phoebus, Diane,  & Cupidon :

Mais c’est l’Amour d’un Sainct brandon,

Qui guide mes vœux ordinaires.

Ainsi je ne crain les alarmes

Des Satyriques Detracteur :

Puis que j’ay trois Arcs pour Armes,

Et trois Archers pour mes Tuteurs."

Charles d'Arcussia, 1598.

"CAR CE N'EST PAS DANS MON ARC QUE JE ME CONFIERAI,

ET CE N'EST PAS MON GLAIVE QUI ME SAUVERA"

[Psaume 43 v. 7]

" Esparron  brave cavalier

D'un style docte et singulier

A si bien la chasse descrite 

Qu'il n'est faucon, sacre ou gerfaut

Qui jamais puisse aller si haut

Que la gloire de son mérite"

"Faucon du Sieur Desparon, 

For bon quon nomme Le Corse"

Au lecteur

Lecteur, c’est des oyseaux de proye que je te veux entretenir, non sous la foy d’autruy, mais de ma propre experience. Je me suis tellemnt pleu à la volerie, & l’ay si long temps pratiquée, que j’oseray dire d’avoir veu de fort pres une bonne partie de ce qu’on en peut sçavoir. J’ay toujiours creu cet exercice estre en particulière recommandation aux ames relevées : Et que les Princes mesmes, je dy ceux qui ne l’aiment point ; feignent de s’y plaire par bien seance. Je suis donc content d’avoir employé & mes ans & mon industrie à te faciliter la science d’une chose dot l’usage en est si agréable. Ceux qui n’aiment point cet exercice, prendront celuy où leur inclinaison les portera, & ne me blasmeront jamais d’avoir suivy la mienne. Ceux qui l’aiment, me scauront grè de leur avoir donné des preceptes, dont la preuve leur fera cognoistre la vérité de ce que j’estois.

De Paris où je me trouve, ce 15. de Mars 1621.

Les censeurs jusques au tombeau

Ne cessent jamais de mesdire :

Mais tel mouchera ce flambeau ,

Qui n’en sçauroit fournir la cire

Charles d'Arcussia 1621

Charles d'Arcussia, vicomte & poète

Chasse à la Sainte Baume

Réflexions sur le monde, poèmes de la plume de

 Charles d'Arcussia d'Esparron,

1598.

"Méditation sur les misères du monde, faite estant au bois de la saincte Baume, le mois d’aoust passé".

I

Beau rocher, antre retentissant

Et vous forest qui de votre fueillage

En ce chaud mois la frescheur vous rendez :

Doux ruisselets qui baignez en passant

Les belles fleurs qui sont en cet ombrage,

Faites silence et mon mal entendez.

II

Si quelque Paul estoit icy caché,

Quelque Anthonin, ou quelque Magdelaine

Ou qu’en ce lieu autre se fut rendu

Pour estre au cœur d’un saint Amour touché ;

Doux ventolins, retenez votre haleine

Afin que mieux mon deuil soit entendu.

III

Vous buis mousseux, estres et pins gommeux

Houx, chesnes verts de ce bois solitaire,

Ô quel bon heur de faire son séjour

Sous vos rameaux,  je serois trop heureux

Si je pouvois prendre icy mon repaire

Pour méditer jusqu’à mon dernier jour

IV

Tout est muable en ce monde inconstant,

Qui sert les grands, il marche sur le verre,

Les marys  sont de leurs femmes blasmez,

Et les enfants changent en un instant,

Bref, il n’est rien d’étably sur la terre,

Que le bon Dieu qui ne change jamais.

V

Job qui se voit pourry sur le fumier,

Voulant donner aux fils d‘Adam du blasme

Le trait plus fort qu’il lascha sur ce point

Fut par ce mot proféré tout premier

Lui reprochant être né d’une femme

Trouvant  meilleur que cela ne fust point

VI

Noé fut juste et serviteur de Dieu

 Cam, néanmoins, son fils, le vitupere

Lors qu’il devait le servir pour appuy

Mais l’ayant veu enyvré sur le lieu,

Il desouvrit la honte de son père 

Et fut maudit pour se rire de luy

VII

Quel crève-cœur sent l’homme de se voir

En ses vieux ans payé d’ingratitude

Soit de sa femme, ou bien d’un sien enfant :

Si ne doit-on lors qu’on s’en veut douloir

Dire son mal hors de la solitude

Car en public l’honneur nous le deffend.

VIII

Mais si ce faire augmente la douleur,

Et d’autant plus se rend insupportable,

En ce combat que doit-on devenir ?

Se complaignant de vivre en tel malheur

On peut servir d’exemple mémorable

A ceux qui sont pour vivre à l’avenir

IX

Non il ne faut qu’au seul Dieu espérer

Il chérit l’homme et jamais ne l’oublie

En son sainct nom il se faut confier

Que jour et nuict , et jusques  au mourir,

D'orénavant, je n’emploie ma vie

Qu’à le servir et le glorifier.

X

Seigneur qui es si soigneux de nos biens,

Parfait amant qui toujours continuë

Ô doux Jésus ! remply de tant d’ardeur

Qui te porta à la croix pour les tiens,

Bruslé d’amour d’une flamme incogneuë

Echauffe en moy la glace de mon cœur.

XI

J’ay mon erreur aujourd'huy en desdain

Ayant suivy si long temps les délices,

Dont je frémis en regardant les Cieux

Car j’ay esté pêcheur, et si mondain

Que je ne scay, accusé de mes vices,

D’avoir recours qu’aux larmes de mes yeux

XII

Tu vois, Seigneur, que je suis combattu

De mille objects qui causent ma misère

Que de remords que je sens du passé

M’a  ja remis sans force et sans vertu,

Dont je mourois, si n’estoit que j’espère

Que mon pêché par toy soit effacé.

XIII

Je ne plus fuivre ce faux honneur,

Où les mondains fondent leur apparence,

Dresse à ton Dieu, mon âme, des Autels,

Comme estant luy le libéral donneur,

Et tu verras quelle est la différence

De le servir, et servir les mortels

XIV

Si les grands sont des hommes comme nous,

Faits comme nous d’une mesme matière,

Si comme nous ils endurent des maux :

Dequoy nous sert de fléchir les genoux

A ce qui n’est que terre et poussière

Veu qu’à mourir nous sommes tous égaux.

XV

Oublie donc, mon âme, la douceur

De ces faux heurs qu’on reçoit dans le monde,

N’ayes recours qu’à la divinité :

Que son SainCt nom soit escrit dans ton cœur,

Et qu’en luy seul ton attente se fonde,

Car hors de là, ce n’est que vanité.

...

Ayant tracé ces vers, je les baille à un pour les porter à cet affligé, qui les receus avec beaucoup de consolation.

 Le plus grand soulagement qu’on aye aux fascheries, c’est de trouver avec qui parler de son mal. Mais je vous diray que c’est la coustume des souffrans de se croire toujours les plus mal traictez.

Il est vray toutesfois, qu’il s’en voit aussi de plus affligez car si Job fut mesprisé par sa femme,

Noé fut mocqué par son fils :

Mais quand ces deux troublent notre âme

Le mal en est encore pis. 

Quittons, je vous supplie, ces fascheux discours, vous me rendez mélancolique et plein de regrets.

J’achèveray donc le récit de nostre chasse de Nans, Deux heures après midy estans venuës, nous montons à cheval pour nous retirer à Tourves en chassant, ayant arresté en cet ombrage cinq bonnes heures pour reposer nos chiens,& nos chevaux, nostre queste fut commencée en terre de Rogiers, où nous prenons quelques perdreaux, & un renard que nos lévriers firent mourir. Ainsi nous gaignons le château de Tournes, touché d’humeur triste en moy, pour avoir en la teste la fascherie de mon amy, & la représentation de la pénitence que la saincte Magdelaine avait faite durant trente ans au roc que j’avais tant contemplé. Et en cette considération en chemin faisant, ces vers furent tracez avec intention que ce seroit au lendemain que je me retireray chez moy. 

Trois poincts sont troublant mon esprit,

Que je voudrois bien qu’on m’apprit,

Le premier, de scavoir mon heure,

L’autre qu’elle sera ma mort,

Mais le tiers me trouble plus fort,

Doutant où sera ma demeure.

Charles d'Arcussia, 1598.

Poème dédié au Roi. 

Signé ESPARRON.

Charles d'Arcussia, 1598.

Mis en ligne en avril 2019

 Christine  Martinez-Augias  *

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