Génération 3 :

Joseph  II Cellony dit "Le Jeune" : maître peintre.

Agrégé de l'Académie de Marseille.

[ 1730 - 1786 ]

Fils aîné du précédent.

Baptême de Joseph Cellony, le 1er avril 1730, Aix, Sainte-Madeleine.

" Joseph Cellony fils de sieur Joseph André et de demoiselle Victoire Escalier est né et baptisé

le premier avril 1730 le parrain a été Joseph Cellony et la marraine

demoiselle Marie Madelaine Perrinet signe qui a scu à l’original avec Parody curé"

Le parrain, Joseph Cellony, est le grand-père paternel de l'enfant ; la marraine Marie Madeleine Perrinet est probablement sa grand-mère maternelle. Lorsque son père - Joseph André - décède en 1746, Joseph est âgé d'à peine 15 ans, il est l'aîné d'une fratrie de sept enfants dont seuls trois garçons atteindront l'âge adulte. Il sera artiste peintre, ses frères Jean-Louis et Gaspard seront procureurs au Parlement d'Aix.

Gaspard, le dernier des enfants, naît à Aix le 21 octobre 1743. Son frère Joseph, sans épouse et sans enfants, le désigne comme héritier universel dans son testament en date du 1er septembre 1786. Dans cet acte, il indique que Gaspard est également célibataire et sans enfants, nous ne lui connaissons d’ailleurs ni union, ni descendance postérieurement à ce document. Ce qui est certain, c’est qu’au décès de son frère joseph, en 1786, il est encore procureur et qu’entre 1768 et 1789 il assiste assidument aux tenues de la loge de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis *, il y fera, avec son frère Jean-Louis également franc-maçon, une belle carrière maçonne. Il décède le 14 février 1794 à l’âge de 51 ans, à son domicile aixois, rue de l’Ancienne Madeleine :

« ​[...] Gaspard Celony 51 ans natif de cette commune fils de feu * André Celony peintre de cette commune et de feue Victoire Escalier de cette même commune est décédé ce matin à 6 heures dans son domicile rue de l’Ancienne Magdeleine arrondissement de l’Egalité République [...] * renvoi à la fin de l'acte: Joseph ».

* "L’Étroite Persévérance des Amis Réunis", est issue de la fusion des deux anciennes loges d’Aix en Provence « L’Étroite Persévérance » (fille de « La Prudence », l’une des Mères Loges écossaises de Marseille) et « Les Amis Réunis » (fondée deux ans plus tôt par la Grande Loge d’Angleterre).

Quant à Jean-Louis, il est l’auteur de la notice manuscrite sur « Les Cellony » rédigée après le décès de son frère Joseph, sans doute vers 1789. Il y dresse une brève biographie de ses illustres parents, les trois Cellony artistes peintres : Joseph l’Ancien son grand-père, Joseph André son père et Joseph le Jeune son frère aîné. Comme son cadet Gaspard, il fut procureur (cf. Lettre patente datée du 2 avril 1660 portant provision de l'office de procureur postulant au Parlement d'Aix en faveur de Jean-Louis Cellony). Le 2 mars 1789 son nom apparait dans un procès-verbal de la nomination, par l'assemblée du tiers-État de la ville d'Aix, de 30 délégués chargés de rédiger, conformément aux lettres du Roi « le cahier des remontrances et doléances de la commune d'Aix, de le porter à l'assemblée qui se tiendra le 2 avril à Aix, sous la présidence du lieutenant-général civil, avec pouce voir de proposer, remontrer, aviser et consentir, en la dite assemblée, tout ce qui peut concerner les besoins de l’État, la réforme des abus, l'établissement d'un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l'Administration, [...] »

Jean-Louis naît à Aix le 3 octobre 1732, il y décède à l'âge de 87 ans, le 22 octobre 1819,19 ans après un premier mariage tardif célébré au Tholonet avec Marguerite Ursule Figuière veuve de Pierre Florent Grange ; celle-ci décèdera en 1813 dans sa 69ème année dans leur maison aixoise située au numéro 18 de la rue de Grands-Carmes. Compte tenu de leurs âges respectifs le jour des noces - 67 ans et 56 ans - il n’est pas impensable de supposer que ce couple n’a pas eu de descendance. En revanche, il est permis de présumer que les deux futurs époux se connaissaient de longue date. Jean-Louis devait être un ami du couple Grange x Figuière et probablement était-il également un collègue du frère de Marguerite Figuière.

 * De son union avec Pierre Florent Grange, son premier époux, Marguerite avait eu quatre enfants nés entre 1766 et 1770. L’une de ses filles, Anne Louise Figuière, née le 14 août 1770, avait Jean-Louis Cellony pour parrain, lequel, trente ans plus tard, allait devenir son beau-père...

 * Marguerite, qui deviendra Madame Cellony, était la fille de Marguerite Françoise Gueirard et d’Henry Figuière un ancien huissier au Parlement ; elle avait entre autres frères, Antoine Henry Figuière, avocat, notaire royal à Marseille et antérieurement procureur au Parlement d’Aix comme Jean-Louis Cellony l’avait été...

Ces deux éléments laissent à penser que Marguerite Figuière et Jean-Louis Cellony entretenaient une relation amicale bien avant  leur union le 9 juillet 1800.

Baptême Gaspard Cellony
Aix-en-Provence.1743.
AD. 13.
Décès Gaspard Cellony
Aix-en-Provence 1794.
AD. 13.
Baptême Jean-Louis Cellony
Aix-en-Provence. 1732.
AD. 13.
Décès Jean-Louis Cellony
Aix-en-Provence.1819.
AD. 13.
Décès Marguerite Figuière.
Aix-en-Provence. 1813.
AD. 13.
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Le décès de Joseph André Cellony laissa son épouse Victoire seule, en charge des trois garçons. Elle fit face et "ne négligea rien pour leur éducation". C'est pour répondre aux vœux de son aîné qui souhaite suivre les traces de son défunt père que Victoire Escalier demande qu’il soit présenté à Michel-François Dandré-Bardon qui exerçait, encore à l'époque, à Aix. Joseph devient son élève. Vers 1750, Dandré-Bardon est nommé peintre du Roi, il s'installe à l'Arsenal Marseille et Cellony le suit. C'est là que Cellony fera l'apprentissage des fondements du dessin. Par ces travaux et ses idées novatrices Dandré-Bardon jette les bases de ce qui allait devenir l'Académie de Peinture de Marseille ; cette initiative le met en lumière. En 1752, il est appelé à Paris pour y occuper les fonctions de professeur de l'Histoire à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture établie au Louvre. Joseph Cellony l'accompagne à nouveau, et sa mère continue à pouvoir à ses besoins.

A Paris, le jeune homme qui progresse considérablement dans sa voie, étudie plus spécialement la peinture d’Histoire.

Durant son passage à l’Académie Royale un événement, relaté par son frère jean-Louis dans sa notice, affecte considérablement le jeune Joseph. Jean-Louis Cellony témoigne : « Joseph Cellony concourut pour le prix annuel que l’Académie décerne. Dans ce concours, le fils d’un proffesseur de l’Académie Royale fut du nombre des concurants. L’exposition des tableaux eut son effet. La voye publique fut décidément pour celuy exposé par Joseph Cellony ; mais comme la voye publique ne suffit pas et que les professeurs se trouvèrent ouvertement en compromis en n’y pas adhérant à raison du concours du fils de l’un d’eux, ils se concilièrent à n’accorder qu’une médaille en or par forme d’accessit au tableau exposé par Joseph Cellony et déclarèrent qu’il n’y auroit point de prix pour cette année, tant il est vrai de dire que la politique influe beaucoup sur les évènemens » et, aurait-il pu ajouter, sur la destinée des personnes qui ont à en supporter les conséquences. L'injustice qu’il décrit, sans en préciser la date, aurait été l’une des causes déterminant Joseph à abandonner prématurément et définitivement la Peinture.

Afin de mieux appréhender les faits exposés par Jean-Louis, qui les tenaient très certainement de son frère Joseph, il n’est pas superflu de regarder plus attentivement ce que nous livrent les procès-verbaux de l’Académie sur ce sujet décisif, prétendument à l’origine de la fin de la carrière de ce peintre prometteur. C’est durant les années 1754, 1755, 1756 et 1757 que nous trouverons un début d’explication aux écrits de Jean-Louis Cellony. La clarté n’est cependant pas la qualité première de ces procès-verbaux, c’est la raison pour laquelle un essai de synthèse s’imposait, donnant un éclairage nécessaire sur le déroulement de faits entre 1754 et 1757.

Jean-Louis Cellony, aurait-il, en toute bonne foi, amalgamé deux événements pour n’en faire qu’un ?

"JOSEPH II CELLONY"

Une assemblée ordinaire de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture au Louvre vers 1720

Jean-Baptiste Martin. Musée du Louvre.

Le 6 avril 1754 : Cellony est admis à concourir aux Grands-Prix annuels décernés par l'Académie "Aujourd’hui, samedi 6e Avril, l’Académie s’est assemblée [...] Jugement des épreuves pour les  grands-prix [...] n’a jugé de capable à y être admis que les nommés St Aubin, Chardin, Celoni, Jolain et Du Rameau, pour la Peinture [...] ".

Le 31 août 1754Les tableaux sont exposés et les prix sont attribués; Cellony n’obtient aucune récompense. Le premier prix est adjugé à Chardin : " Aujourd’hui, samedi 31e Aoust, l’Académie s’est assemblée [...] pour juger les Grands-Prix faits par les Élèves sur deux sujets tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont l’un représente Mathatias, l’autre le Massacre des innocents. [...]. Jugement des Grands-Prix [...] Le Sieur Chardin [...] s’est trouvé mériter le premier Prix de Peinture [...] Le Sieur Jollain [...] a aussi été jugé mériter le second de Peinture " .

Le 5 avril 1755 : l'Académie statue sur la liste des élèves admis à concourir aux Grands-Prix annuels de Peinture : Nicolet, Durameau, Cellony et Restout : « Aujourd’hui, le samedi 5 Avril, l’Académie s’est assemblée pour les Conférences. [...] Élèves admis à concourir aux Grands-Prix [...]. L’Académie [...] a jugé capables d’y être admis les nommés Nicolet, Du Rameau, Cellony, Restout et Jollain pour la Peinture [...] ».

C’est cette année là que Cellony est en concurrence avec le fils du professeur évoqué par Jean-Louis Cellony. Il pourrait s’agir de Jean Bernard Restout, fils de Jean Restout professeur et recteur de l’académie depuis 1752. Il est décidé qu’il n’y aura pas de Grand-Prix pour l’année 1755 et, que les tableaux ne seront pas exposés au public, considérant l’insuffisance des travaux présentés par les nominés.

Le 23 août 1755 : " [...] après les avoir vus, la Compagnie les ayant trouvés trop faibles, a décidé que les Prix seroient suspendus jusqu’à l’année suivante et qu’ils ne seroient pas exposés en public. "

C’est précisément cela qui est rapporté par Jean-Louis Cellony dans sa notice. En 1755, Joseph Cellony fut admis à concourir aux Grands-Prix de Peinture, le procès-verbal de l'Académie indique qu’il était effectivement en concurrence avec le fils d’un éminent professeur de l’Académie Royale laquelle commanda de suspendre l’attribution des prix pour l’année 1755, il n’y eut toutefois pas de présentation des tableaux au public ; en conséquence, lorsque Jean-Louis Cellony évoque la voix publique décidément en faveur de son frère, il fait probablement allusion à la discussion, favorable à Cellony, que les professeurs et le jury ont tenue dans l'intimité des locaux de l’Académie ; en effet, lors du Salon de 1755 le travail des élèves concourant aux Prix ne fut pas exposé au grand public. Toutefois, en 1755, Joseph Cellony obtient tout de même un prix : celui dit du quartier.

Le 28 septembre 1755 : " Prix du Quartier pour la Peinture sont récompensés : 1er médaille  Nicolet ; 2ème médaille Cellony ".

Est-ce la médaille en or par forme d’accessit au tableau exposé par Joseph Cellony dont parle Jean-Louis ?

Très certainement, dans cette hypothèse, la médaille remportée le 28 septembre 1755 l’a été au titre d’un prix trimestriel, non au titre du premier prix  annuel qui fut mis en réserve, ce qui a son importance. En dehors du fait que cette gratification aurait signé la reconnaissance de ses pairs, cette récompense facilitait grandement la carrière ouvrant aux vainqueurs le chemin de l'Académie de France à Rome, objet de la quête de tous les artistes. Bien qu'il y eu des contre-exemples, Delacroix, Manet et Degas ont tenté en vain le prix de Rome ce qui ne les a pas pénalisé ; de même le très illustre David fut privé de cette satisfaction, si abattu, il tenta de mettre fin à ses jours après le second échec, il fit néanmoins le brillant parcours que nous lui connaissons. Il nourrit cependant une réelle rancœur contre l'organisation de l'Institution qui l'amena à en demander l'abolition et il eut gain de cause. En 1793, après 145 ans d'existence, la Convention Nationale prononça la dissolution de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, elle fut remplacée par ce que l'on nommera l'Institut, devenu aujourd'hui l'Institut de France qui regroupe diverses Académies : l'Académie française, l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'Académie des sciences, l'Académie des beaux-arts et l'Académie des sciences morales et politiques ; les Grands-Prix de l'Académie Royale deviendront les Grands-Prix de Rome ...

Le 3 avril 1756 : L'Académie se réuni pour attribuer les Grands-Prix de l’année 1756. Les élèves doivent choisir entre deux sujets tirés de l’Ancien Testament : Samson trahi par Dalila et Melchisédech et Abraham. Les élèves admis à concourir pour les Grands-Prix de l’année 1756 pour la peinture sont, Cellony, Durameau, Nicolet et Amand : " L’Académie, après avoir vu les épreuves faites par les Élevés pour concourir au Grands-Prix, a jugé capables d’y être admis les nommés : Celoni, Du Rameau, Nicolet et Amand pour la Peinture [...]".

Le 21 août 1756 : l'Académie "[...] a décidé que ces ouvrages seront exposés au public le jour de la Saint-Louis et jugés le samedy suivant 28 du présent [...]" (soit le 28 août 1756).

Le 28 août 1756 : jour de l'attribution des Grands-Prix de l’année 1756 : "Aujourd’huy, samedi 28 août, l’Académie s’est assemblée par convocation générale pour juger les Grands-Prix faits par les Élèves sur deux sujets tirés de l’Ancien Testament, dont l’un est Samson pris par les Philistins par la trahison de Dalila, et l’autre Melchisédec, présentant le pain et le vin à Abraham". Dans ce même procès-verbal, les membres décident qu’ils n’accorderaient qu’ "un second (prix) seulement dans la Peinture." C’est Cellony qui fut choisi pour son tableau Samson livré aux Philistins par Dalila : "Prix pour l’année 1756 : 1er Prix de Peinture a été réservé ; [...] 2ème de Peinture, Celoni [...]". Il lui sera distribué lors de la cérémonie qui eut lieu l'année suivante. Le 22 octobre 1757, c'est à Monsieur Abel-François Poisson de Vandières - marquis de Marigny, commandeur des Ordres du Roi, ordonnateur général des bâtiments, des jardins, des arts et académies & manufactures de sa Majesté - que revint la charge de remettre les Grands-Prix.

Le premier Prix de 1756, quant à lui, est une nouvelle fois mis en réserve et sera attribué lors d’un second concours organisé le 30 octobre 1756 : "Second Concours ordonné pour la Peinture. L’Académie a ensuite arresté qu’il auroit un second Concours pour le Peinture seulement, pour les Prix de Peinture restant." L’Académie décide cependant d’utiliser la réserve de l’année précédente, accordant le 1er prix de Peinture de l’année 1755 à Jacques-François Amand : "Aujourd’huy, samedi 28 Aout [...] Prix accordés et réputés de l’année 1755 : 1er de Peinture, Amand ; [...] Sur la représentation faite à l’Académie que les Prix de l’année précédente avoient été mis en réserve, elle a arrêté que l’on commenceroit par adjuger". En 1756, Amand reçu un premier Prix de Peinture réputé de l’année 1755 pour son tableau Samson livré aux Philistins par Dalila, (Fig. 23) ; autrement dit, Amand fut récompensé pour un travail qui portait sur le même sujet que Cellony avait choisi et pour lequel, ce dernier venait d'obtenir le second Prix de 1756. On n’en sera pas étonné puisque Amand était au nombre des admis à concourir lors de la première cession de 1756, avec Cellony...

Fig. 23.
Samson et Dalila
Jacques-François Amand (1730 -1769).
Prix de Rome en 1756 avec un tableau Samson et Dalila conservé à
Mayence musée du Land.
Wikiwand
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Le 30 octobre 1756, l’Académie organise une 2ème cession d’attribution de prix sur un sujet tiré des Écritures Saintes, Job exposé aux reproches de sa femme : " Aujourd’hui 30 octobre, l’Académie s’est assemblée, par convocation générale pour juger les Grands Prix de Peinture seulement, proposés par un second Concours [...] Jugement des Prix de second Concours : premier Prix Taraval ; second Prix Du Rameau ; 2ème second Prix, Renou ". Le jury utilise la réserve de l’année précédente pour attribuer un deuxième second prix de Peinture, au titre de l'année 1755 : "  Aujourd’huy samedi 30 octobre [...]  L’Académie ayant trouvé que le tableau du Sr Renou, [...] méritoit un second Prix, Elle lui a accordé celui qui restoit des seconds Prix réservés de 1755 [...] ". C'est ainsi que Renou reçu en 1756, un premier Prix de Peinture réputé de l’année 1755. Ce 30 octobre 1756, Taraval remporte le concours de 1756 avec son tableau : Job raillé par sa femme ; le second prix de 1756 est donné à Durameau... et exit Cellony suite à un invraisemblable imbroglio dont on craint de deviner ce qu’il pourrait dissimuler...

En résumé Cellony a, par trois fois au moins, été admis à concourir aux Grands-Prix de Peinture de l'Académie Royale.

* En 1754, il n'obtient aucune récompense.

* En 1755, cette année là les Grands-Prix de Peinture ont été réservés, il a cependant remporté une médaille pour un prix trimestriel.

* Puis en 1756, il remporte le second Prix de Peinture. Cependant, curieusement, le premier Prix de la première cession de cette même année n'a pas été décerné ...

Suite à ces douloureux événements, Cellony connu une immense lassitude suivie d'un immense chagrin. Pour sa plus grande peine, la mère qu'il affectionnait tant devait disparaitre le 19 mars 1761 (Fig. 24). Le favoritisme dont il présumait avoir fait les frais et la tragédie personnelle qu'il eut à affronter allaient bouleverser le cours de sa vie, son destin en fut irrémédiablement changé. Son frère Jean-Louis notera dans la notice qu'il rédigera : "Cette circonstance et la mort de la mère dudit Joseph Cellony influèrent beaucoup à le décourager puisqu’il ne se présenta plus au concours [...] ne s’occupant de la Peinture qu’en forme d’amusement. Il abdiquât même son titre de peintre [...]"

Au printemps 1761, tout juste après le décès de sa mère, Joseph Cellony revient à Aix. Il y possédait une maison place de l'Hôtel de Ville située à quelques pas de la Tour de l'Horloge que son ancêtre François Valisset avait décorée en 1603. Il y séjourne le temps pour lui de régler diverses affaires familiales. Il s’occupera d'exécuter quelques tableaux dont certains seront destinés aux cabinets de Messieurs Borrely de Marseille et Boyer de Fonscolombe d'Aix. Deux autres de ses toiles, peintes durant cette période de turbulences affectives, feront l'objet de dons à des institutions religieuses : l'une - Saint Bernard et le Duc d'Aquitaine - sera offerte aux Religieuses Bernardines de Marseille, l'autre aux Révérends Pères Chartreux.

Fig. 24.
Acte de décès de Victoire Escallier
20 mars 1761
AD. 13.
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 Toutefois, sa vie aixoise ne le comble pas. Il prend la décision de regagner Paris où étaient ses amis. Avant son départ pour la capitale, il laisse à ses frères, Jean-Louis et Gaspard, une de ses œuvres nommée "Jepthé revenant victorieux de la guerre contre les Ammonites" à classer parmi les œuvres disparues ; d'après Jean Boyer, cette toile aurait été peinte pour le concours de l'Académie Royale ; dans ce cas, peut-être lors de l'année 1755. Cette année là il fut, en effet, admis à concourir mais en vain ; les Grands-Prix de Peinture de 1755 ont tous été réservés et il n'y a pas eu, non plus, d'exposition publique, le jury ayant considéré les travaux des concurrents bien médiocres, n'a pas souhaité décerner de récompense ...

Il installe à Paris vers 1764, abandonne définitivement sa carrière ainsi que son titre de peintre pour prendre celui de bourgeois sous lequel il meurt en décembre 1786 à l'âge de 56 ans, sans jamais avoir revu sa terre natale.

L'intérêt pour la Peinture paraît, néanmoins, ne jamais l'avoir totalement quitté. Dans une longue lettre, datée du 25 septembre 1785, qu'il adresse à son ami aixois Joseph Eyssautier, avec lequel il entretient jusqu'à sa mort une relation d'amitié sincère le désignant même héritier particulier dans son testament, il donne son sentiment sur les œuvres présentées au Salon académique de Peinture qui eut lieu fin août 1785. Il passe en revue les peintres qui y exposent, fustige leurs travaux et par là même leurs auteurs, ses anciens confrères et tous ceux qui auraient dû ou pu l'être s'il n'avait renoncé à sa carrière ... 

Publié en février 2017

 Christine  Martinez-Augias  *

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