Élisée d'Arcussia

"Mortelle Partie de Piquet"

Hyères,1669.

 

 

Élisée trouve la mort le 19 mai 1669 à l'âge de 40 ans, dans des circonstances hautement rocambolesques ...

Victime d'une blessure à l'épée que lui inflige

 Joseph de Clapiers du Puget,

Chevalier de Malte âgé de 27 ans ...

 

Hyères, le matin du 15 mai : 

Les deux protagonistes disputent une partie de Piquet dans une auberge "où pend pour enseigne la Croix Verte ", dont Élisée est bailleur. Mais un point fait difficulté : le ton monte, les esprits s'échauffent, les objets volent, les mains s’agitent ...

Joseph de Clapiers s'empare de son épée de Chevalier et en brise la pointe dans le flanc de son malheureux partenaire de jeu; cette blessure conduira Élisée au tombeau quatre jours plus tard... Il sera inhumé le 19 mai 1669 dans sa tombe située devant l’autel de la chapelle de Notre-Dame-de-la-Piété, Collégiale Saint-Paul à Hyères  

 

 

Décès d'Elisée d'Arcussia

AD 83

 

    Autel de la chapelle de Notre-Dame-de-la-Piété Collégiale Saint-Paul à Hyères

Selon le Service de l'Inventaire Général du Patrimoine Culturel, au milieu du 19e siècle, l’autel de Notre-Dame-de-la-Piété, dont on ne retrouve plus la trace, aurait laissé place à celui que l’on peut voir aujourd’hui qui est dédié à Saint-Louis de Gonzague. Cet autel est probablement l'ancien autel de Notre-Dame-de-Piété dont la dénomination aurait été changée. Impossible pour l’instant de visiter les lieux . Les travaux de réfection engagés depuis des années dans la Collégiale par les services de l’État ont, hélas, conduit à sa fermeture qui, de temporaire, est en passe de devenir permanente... 

Plus insolite encore,

 l'assassin qui prit courageusement la fuite - se portant volontaire pour aller combattre à Candie - et qui fut puni de la peine de mort par contumace, demanda grâce, pardon et rémission à Louis XIV, lequel accéda à sa demande, désirant dit-il,

"Préférer miséricorde à justice" ...

"Suites d’une sanglante partie de Piquet"

Septembre 1671

Lettre de rémission en faveur du meurtrier d’Élisée d'Arcussia

[ Publiée dans la "Revue Historique de Provence" - Janvier 1890 - BM Avignon ]

 

      "Louis, par la grâce de Dieu, etc. Nous avons receu tres humble supplication de Joseph de Clapiers du Puget, chevalier en l’ordre Saint Jean de Jerusalem, originaire de nostre ville d’Hieres en nostre pays de Prouvence, contenant que le quinziesme may de l’annee mil six cents soixante neuf sur les dix heures du matin le suppliant eust eu rencontré feu noble Elisee d’Arcusssia d’Esparron, escuyer et habitant de la mesme ville avec lequel il a este toujours en tres bonne union et intelligence ; ils auroient faict partie d’aller jouer au piquet pour se divertir attendant l’heure du disner et pour cest effaict estant alles au logis ou pend pour enseigne la Croix Verte, qui est hors de la grande porte de ladite ville, tenue a rente par Honnore Cocq et dont ledict Elisee d’Arcussia en estoit proprietaire, apres avoir commande a l’hoste de faire venir des cartes, ils se seroient mis a jouer sur une petitte table qui estoit en la salle du logis. Estant chascun d’iceux assis sur une chaise a bras et le suppliant se treuvant du coste de la muraille [adossé au mur], comme l’espee qu’il avait a son coste le pressoit, il l’aurait tirée de son baudrier et mise en un coing de laditte salle esloignee d’environ deux ou trois pas de la chaise de laquelle il estoit assis. Et, pendant le jeu, estant arrive une contestation entre eux sur ce que le suppliant avoir dict audict d’Arcussia en jouant qu’il avoit marque faux, ce qui feust conteste par ledit Elisee d’Arcussia, comme ledict suppliant soubstenoit tousjours qu’il avoit marque faux, ledict sieur d’Arcussia incistant a la negative d’iceluy, en disant, l’un d’iceux « je dis que si » et l’autre «  je dis que non », s’estant tous deux esleves de leurs chaises sur lesquelles ils estoient assis et en cest estat ledict suppliant ayant une petite boëtte de fer blanc en laquelle il tenoit du tabac ache, la leva et fit demonstration de la jetter contre dudict d’Arcussia. Sur quoy, ledict sieur d’Arcussia auroit donne un soufflet au suppliant et dans le juste ressentiment d’une offense et affront si sensible a une personne de sa qualite, sans aucun subject legitime, ayant prins son espee qu’il avoit mise a deux pas loing de la chaise et mis icelle hors du fourreau, il en auroit porte un coup audict d’Arcussia,  - qu’un des adcistants vouleust arrester par le bras, mais il le manqua – duquel coup ledict sieur d’Arcussia feust  attainct au coste gauche, entre deux costes, dont partie de la pointe seroit demeuree dans le corps dudict sieur d’Arcussia, auquel le suppliant auroit  porte un second coup, mais sans effect. Et du premier la ditte pointe d’espee feust depuis  tiree par les chirurgiens qui l’ont pense et n’ont treuve qu’un coup par leur rapport ; duquel coup il en seroit descede quatre jours appres au grand regret du suppliant, lequel apprehendant la rigueur de la justice seroit alle en nostre ville de Thollon et mis comme volontaire dans l’une de nos galleres, commandee par le le chevalier de Bertueil (a) [lire « Breteuil »] pour nous aller servir dans nostre armee de Candie (b), et dont il debvoit en toute fasson faire le voyage, quand ce malheureux accident ne luy seroit pas arrive, comme il a faict en toutes les occasions qui se sont presentees par nostre service. Et du depuis estant alle a Malthe, il aurait faict sa caravane (c), dont ayant obtenu son conge pour retourner en Provence, ou il est presentement, et dans le temps de son absence le subsistut de nostre procureur general au siege de nostre ville d’Hieres en ayant faict informer del’authorite de nostre lieutenant general de nostre senechal audict siege et despuis, demoiselle Marguerite de Berthaut, vesve dudict sieur d’Arcussia, auroit donne requeste pour estre jointe a la querelle presente par nostre dict substitut, et la cause en cest estat ayant este portee en nostre Parlement de Provence, la dicte dame de Berthaut, avec l’adherence de notre Procureur General contre des deffances qui luy auroient este faictes par ledict sieur d’Arcussia en presence de temoings dignes de foy de ne faire aucune poursuite contre ledict suppliant et au prejudice de la requeste qui feust presentee a nostre dict Parlement par dame Anne de Glandeves du Puget, mere du suppliant, pour avoir un dellay de six mois pour le representer et jusques au retour de notre armee de Candie de la cedulle evocatoire (d) qu’elle feust obligee de faire sur les parentes et alliances dudict feu sieur d’Arcussia, du vingt sept du mois de juillet de la ditte annee mil six cens soixante neuf, elle auroit fait donner un arrest par deffaut soubs le nom de nostre dict Procureur General et du sien, portant condampnation de mort et en quelques amendes aux necessites du pallais et pour faire prier Dieu pour l’ame du deffunct et encores en faveur de la ditte dame de Berthaud. Et d’autant que ledict accident est arrive sans aucun dessaing premedite et que le suppliant appres avoir receu une offense si sensible dans un si juste ressentiment et un premier mouvement, il n’a pu s’empecher de mettre le main a l’espee qu’il portoit ordinairement attendu sa quallite et qui estoit a deux pas proche de luy, de laquelle il auroit porte lesdicts deux coups , dont l’un n’ayant pas attainct, il a recours a nostre clemence et nous a tres humblement faict supplier luy vouloir accorder nos lettres de grace, pardon et remission en consideration des services qu’il nous a rendus dans nos armees.

A ces causes, desirant preferer misericorde a justice, avons de nostre grace specialle, pleine puissance et authorite royalle, au dict suppliant quitte, remis et pardonne, et par ces presentes signees de nostre main, quittons, remettons et pardonnons le faict et cas cy dessus expose ..., etc.

Donne a Versailles, au mois de septembre l’an de grace mil six cents soixante unse et de nostre regne le 29ème  . Signe Louis ; et sur le reply : par le Roy comte de Provence, Le Tellier, scellees du grand sceau de cire verte . (1)

 

 (1) Arch. du Palais d’Aix Rég. des lettres de grâces.

Elysée d’Arcussia, fils de François, Sgr d’Esparron de Pallières et de Marg[ueri]te de Gasqui, avait épousé Marg[ueri]te de Berthaud ; d’où Louis, Jean-Baptiste, Antoine, François, et Marguerite ; celle-ci se fit religieuse . – Joseph de Clapiers Sgr du Puget, fils de Marc-Antoine et d’Anne de Glandevès, fut reçu chevalier de Malte, le 22 mars 1659."

 

***

 

(a) Antoine Le Tonnelier de Breteuil dit le « Chevalier de Breteuil », né au mois de juin 1640 probablement à Paris et mort en 1696 à Avignon, est un officier de marine et aristocrate français du XVIIe siècle. Chef d'escadre des galères de France, sous le règne de Louis XIV.

 

(b) Candie : Le siège de Candie est un épisode de la conquête de la Crète par les Ottomans. Il oppose les Vénitiens, alors maîtres de l'île, à l'Empire ottoman de 1648 à 1669. Long de vingt et un ans, le siège de Candie est considéré comme le plus long de l'histoire.

Vue du siège de Candie en 1669 au moment de l'intervention française, l'année du meurtre d’Élisée.

(c) « Faire sa caravane »

(d) « Cédule évocatoire » : acte qu’on faisait signifier à sa partie adverse pour lui déclarer qu’on entendait se pourvoir au conseil, afin d’être renvoyé à un autre parlement.

Dans le registre des chroniques judiciaires hyèroises, voir la notice :

  "Grâce royale et abolition de toutes peines et poursuites pour les sieurs Claude Cambe et Paul d'Aguillenquy qui s'étaient battus contre Honoré Vitalis et l'avaient tué, à Hyères, en septembre 1615". Bruno Marty ; E-CORPUS.

 

  Le jeune et impulsif chevalier de Malte,

Joseph de Clapiers du Puget,

meurtrier d’Élisée, pardonné par la Roi, est lui aussi né à Hyères.

Issu d'une Illustre famille appartenant à la noblesse provençale, il est le fils de

Marc-Anthoine de Clapiers du Puget, sieur d’Aiglun, et dame Anne de Glandevès.

A l'époque du meurtre d'Elisée, la famille de Clapiers résidait à Hyères dans une maison proche du Couvent Sainte-Claire.

 

Baptême de Joseph de Clapiers du Puget

Hyères, le 11 mai 1642. 

AD 83

Parrain :     François de Clapiers, frère du baptisé et Conseiller au Parlement.

                    

Marraine :   Catin [abréviation populaire de Catherine] de Gasquy.

                       Tante maternelle d’Élisée future victime du baptisé...

***

 

Élisée laisse sept orphelins en bas âge & une jeune veuve, Marguerite de Bertaud,

qui porte leur huitième enfant.

Le couple s'était marié en 1655...

 Christine  Martinez-Augias  *

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