Le frère aîné du chevalier Louis, Jean-Baptiste d'Arcussia, époux de Louise de Bausset, décède le 29 août 1680, soit une semaine avant la rédaction du contrat de mariage Boyton x Martine, c’est naturellement son fils aîné Pierre qui prend sa suite et devient le nouveau seigneur d’Esparron.

 

La dot qui est allouée à Anne d’Arcussia alias Martine par sa mère Honorade Rebufat le 9 septembre 1680 s’élève à 300 livres dont 100 livres sont versées par le seigneur d’Esparron du moment : Pierre d’Arcussia.

Il intervient en qualité de donateur au nom de la communauté d’Esparron, comme il semblerait que cela soit l’usage chaque fois que l’une des « filles » de la communauté se marie… et non en qualité de cousin germain de l’épouse.

 

"  […] ladite Honorade Rebuffade laquelle de son bon gré a constitué assigné en dot à sa dite fille et pour elle audit  Boyton son beau-fils que Dieu aidant […] à savoir en la somme de trois cent livres ses robes, provisions  et hardes comprises […]  y est compris la somme de cent livres […]  que la communauté est chargée de … filles à marier […] ayant messire Pierre d’Arcussia seigneur dudit Esparron fait un billet signé de sa main propre […]  "

AD 83

 

Cependant, une information pourrait venir appuyer l’hypothèse selon laquelle Anne et le seigneur Pierre d’Arcussia ont un lien de parenté très proche : c’est le lieu de la signature du contrat de mariage.

En effet, le notaire précise que ce contrat est « [...] fait et publié audit Esparron dans le château seigneurial [...] ».

A priori, il n'est pas d'usage de procéder à la signature des contrats de mariage au château et en compagnie du seigneur des lieux. En effet, le contrat de mariage de Madeleine et Joseph Nielly avait été signé à Esparron, en 1662, dans la maison « où habite ladite Honorade Rebuffade appartenant à Bonifay Alphéran… » ; celui des époux Toupin, en 1670, lui aussi avait été signé à Esparron

« dans la maison d’habitation de ladite Rebuffade ». Or cette fois-ci, c’est au château que le notaire - toujours le même Maître Blanc - va officier. Pour quelle raison ? Coïncidence ou volonté de Pierre d’Arcussia d’Esparron ?

 

 Quelques images du château d'Esparron-de-Pallières...

Cartes postales anciennes et photos : Ch. M. A.

 

Tous les personnages que nous avons rencontrés, tous les événements qui ponctuent la vie d’Anne "Martine" nous les avions tous déjà observés.

Sa sœur Madeleine "Martine" l’épouse d’André Toupin a eu, pour l’essentiel, le même parcours. Toutes les deux ont, après leur mariage, changé de patronyme abandonnant celui de Claude au profit de celui de Louis vraisemblablement leur père « de sang ».

Elles sont manifestement  toutes deux de " Fausses Petites Martine "  filles d’Honorade Rebufat et de son compagnon Louis d’Arcussia…

 

 

Le patronyme « Martin » continue à semer le trouble, qui est le Mystérieux Claude ?

 

Comme dans le contrat de mariage Toupin X Martine, dans celui des époux Boyton, Claude Martin est présenté par le notaire en tant que père de la future épouse, ce qui  nous laisse présupposer qu’il est l’époux d’Honorade. Ce que nous connaissons sur Claude est bien mince, nous savons qu’il est mort avant le 15 septembre 1670, date du CM Toupin, car le notaire le présente comme « feu Claude Martin » et qu’il a probablement  été, à un moment donné, l’époux d’Honorade Rebufat. Cependant, nous trouverons pas d’acte officiel - mariage religieux ou contrat de mariage -  apportant la preuve de cette union néanmoins hautement vraisemblable, ni à Esparron où l’on déplore de nombreuses lacunes, ni dans les villages alentours … Mais, si comme nous le supposons, ils ont été mariés...

 

A quel moment le mariage entre Claude et Honorade aurait-il pu avoir lieu ?

 

Le point de départ du raisonnement s’appuie sur un acte : le testament de Louis d’Arcussia en 1655. Louis nous révèle que sa liaison avec Honorade dure depuis "environ " 15 ans. Les deux amants ont donc commencé à se côtoyer vers 1640.

 

Honorade s’est-elle mariée avec Claude avant 1640 ?

Entre 1640 et le décès de Louis en 1667 ?

Après le décès de Louis soit entre +/- 1667 et au plus tard en 1670 ?

 

  * Il semble improbable qu’Honorade ait été mariée puis veuve de Claude Martin avant 1640, date de sa rencontre avec Louis. Dans le testament du chevalier Louis, il est fait mention " d’Honorade Rebufade ". Elle est présentée comme " fille de Jaume ". A cette époque les femmes n’avaient d’existence que par le lien qui les unissait soit à leur père, soit à leur époux. Elles étaient " filles de… " ou  " femmes de… ". Si en 1655 Honorade avait été veuve, le notaire l’aurait probablement présentée en tant que "veuve de Claude Martin " et non comme " fille de Jaume ".

 

 * Pourquoi alors ne pas penser qu’Honorade a épousé Claude durant sa liaison avec Louis, c'est-à-dire entre 1640 et le décès de Louis en 1667 ?

Parce que si cela avait été le cas, les enfants nés durant cette période auraient été présumés fils et filles de l’époux et ils auraient tous porté le patronyme Martin en raison de la présomption de paternité. Dans un couple marié, la filiation paternelle s'établit - aujourd'hui comme hier - automatiquement : le mari est présumé être le père de l'enfant. Or à aucun moment nous ne croiserons ce patronyme durant le temps qu’a duré la liaison que Louis a entretenue avec Honorade …

En 1652, lorsque Anne nait, elle est fille d’Honorade Rebufat, le père n’est pas nommé ; même cas de figure en 1657 lors de la naissance de son frère Jean-Baptiste, là encore, le père n’est pas cité, il est dit fils "d'Honorade Rebufat "  sans plus de précision. Lors de leur naissance les deux enfants sont illégitimes, la paternité de Louis ne sera établie que plus tard par mentions marginales.

 

  * Il n’est pas impossible alors, qu’après la naissance du dernier enfant de Louis et, plus précisément et plus vraisemblablement, après le décès du Louis en 1667,  Honorade se soit unie à Claude Martin lequel, selon les notes de Maitre Blanc, est décédé avant 1670. Souvenons nous qu’en 1667, Honorade avait encore six enfants à charge dont cinq filles et un garçon, tous étaient alors célibataires. Pour ce qui concerne le garçon, Jean-Baptiste d’Arcussia de Garnier qui épousera Madeleine Audibert en 1685, le problème de son union ne devait pas se poser de façon aussi aigüe que pour ses sœurs. Les filles de cette époque ne trouvaient de partis « convenables » que si elles avaient, en plus d’une dot satisfaisante, une certaine respectabilité. L’union entre Honorade et Claude a probablement pu avoir lieu entre la naissance du dernier enfant de Louis et au plus tard 1670. Nous avons noté qu’il est question de « feu » Claude dans les contrats de mariage de Madeleine et Anne « Martine » : dans ce cas, les deux filles orphelines de père, Louis, et en peine de mari ont pu être « adoptées » par l’époux de leur mère, Claude Martin, qui du même coup, lui aussi, leur aurait transmis son patronyme. Ce qui expliquerait que certaines fois au cours de la vie d’Anne et de Madeleine nous ayons croisé le double patronyme Martin(e) et / ou d’Arcussia. Pour autant, nous observons qu’elles évincent rapidement le patronyme « Martin » au profit de « d’Arcussia », celui de leur père biologique qu’elles connaissaient parfaitement.

Les plus perplexes avanceront un contre-argument non dénué de pertinence qui est que pour les autres filles de Louis et d’Honorade que nous connaissons déjà  - qui sont Marguerite épouse de Louis Chabot et Madeleine épouse de Joseph Blanc, mariées elles aussi bien après le décès de Louis, pour la première en 1689 et pour la seconde en 1693 -  il n’est pas question de ce double patronyme. A aucun moment dans les actes officiels les concernant nous ne voyons apparaitre la possibilité qu’elles aient été adoptées par Claude Martin. A cette remarque nous opposerions que lors de leurs unions, Marguerite épouse de Louis Chabot et Madeleine épouse de Joseph Blanc, sont visiblement âgées à une époque où marier ses filles semblait être une véritable urgence. Marguerite épouse Louis Chabot à 36 ans, si l'on se fie à l’âge indiqué dans son acte de décès et lorsque Madeleine épouse Joseph Blanc, elle, a entre 25 ans et 35  ans. Ces âges avancés peuvent nous laisser penser qu’il n’est pas impossible que ces deux unions arrivent après deux veuvages dont il n‘est pas fait mention dans les actes de (re)mariage, il faut bien en convenir … Mais il faut aussi en convenir, retracer l’histoire de ce couple improbable et de leurs descendants nous aura déjà réservé bien d’autres surprises …

En épousant Claude Martin, Honorade trouvera sans doute la respectabilité qui lui faisait défaut pour elle, mais aussi pour ses filles encore célibataires…

Les plus romantiques pourraient avancer la thèse selon laquelle ce serait Louis qui, pour protéger sa compagne et leurs filles, aurait "avantageusement arrangé" le mariage avec Claude quelques temps avant son décès; les plus pragmatiques y verrons une opportunité saisie par Honorade…

Les archives ne répondront pas à cette interrogation, chacun imaginera un scénario au gré de sa sensibilité…

Cependant, il n'en reste pas moins qu'une fille supplémentaire vient étoffer la liste des enfants du chevalier.

***

Désormais, nous connaissons

Sept enfants

issus de la relation entre

Louis d'Arcussia & Honorade Rebuffat :

 

   Thérèse serait l’ainée, naissance entre 1640 et 1646.

   Madeleine l’épouse d’André Toupin, naissance en 1647, décédée en 1687 à l’âge de 40 ans.

   Madeleine l’épouse de Joseph Nielly, naissance entre 1645 et 1650, décédée en 1716, à 66 ans

   Anne l’épouse d’Isnard Boyton, naissance en 1652.

   Marguerite l’épouse de Louis Chabot, naissance vers 1653, décédée en 1743 à l’âge de 90 ans.

   Jean-Baptiste, époux de Madeleine Audibert, naissance en 1657.

   Madeleine l’épouse de Joseph Blanc, naissance ou en 1656 ou entre 1658 et 1667.

 

Toutefois, on notera que l'arrivée, en 1647, de Madeleine (Toupin)

s’insère mal dans la chronologie des naissances des enfants de Louis connus à ce jour.

Selon son âge, 40 ans à son décès en 1687, Madeleine serait née vers 1647/1648.

Étrangement, cette Madeleine n’est pas citée dans le testament de son père daté du 23 octobre 1655, son prénom aurait dû apparaitre dans la liste des enfants dressée par Louis qui sont :

Thérèse, Madeleine, Anne, Marguerite... Il manquerait donc une Madeleine !

En conséquence, Madeleine Toupin est née après 1955, car il est peu vraisemblable que Madeleine Nielly soit née après 1655 et mariée en 1662... Elle serait née soit en 1656 - juste avant Jean-Baptiste né en 1657 - soit entre 1658 et 1667 - décès de Louis -.

Sachant que les actes de décès n'indiquent que l’âge approximatif du décédé et ne permettent donc de ne calculer qu’une date approximative de naissance, il est légitime de s’interroger : Mesdames Madeleine Toupin et Madeleine Blanc seraient-elles une seule et même personne ? A cela nous serions contraints de répondre que c’est impossible, Madame Toupin a un alibi imparable, elle est déjà passée de vie à trépas en 1687 lorsque « l’autre » Madeleine épousera Monsieur Blanc en avril 1693.

Ni Madeleine Toupin, ni Madeleine Blanc ne peuvent être Madame Madeleine Nielly qui, elle, décède en 1716 …

Alors, Madame Toupin  est-elle « la » Thérèse qui est nommée dans le testament de notre chevalier et dont nous n'avons aucune nouvelle ? Dans ce cas, cette Madeleine porterait à la fois un prénom et un patronyme à titre d’usage ! Elle serait Thérèse d’Arcussia alias Madeleine Martine !

Nous pourrions aller jusqu’à évoquer le fait que Madame Madeleine Nielly soit Thérèse et qu’alors, la Madeleine citée dans le testament soit de fait Madame Toupin...Nous aurions dans cette hypothèse un sérieux problème de numérotation des « Madeleine » ... Madeleine Blanc deviendrait Madeleine II ; par conséquent Madeleine Toupin prendrait la position numéro 1 et celle qui pour l’instant détenait la première position, Madeleine épouse Nielly, ne serait pas une Madeleine mais une Thérèse...

Et nous n’aurions plus six filles mais seulement cinq... !

 

***

 

Trois Madeleine

au sein d’une même fratrie :

Mesdames

Nielly, Blanc et Toupin,

cela n'est pas banal...

Est-ce la proximité de la Cathédrale de Saint-Maximin-de-la-Sainte-Baume qui renferme les reliques de Sainte-Madeleine ou la présence, dans les environs d’Esparron, du massif de la Sainte-Baume et de sa grotte, hauts-lieux de pèlerinage chrétien dédiés à la Sainte, qui ont déclenché cette ferveur, poussant les parents à prénommer

trois de leurs six filles « Madeleine » ? ...

 En collaboration avec Hélène P.

Publié en septembre 2015.

 

 

 Christine  Martinez-Augias  *

Merci de citer ce travail personnel dans vos sources & de ne pas reproduire,

tout ou partie, du texte et images sans autorisation.

Bonne visite 

©